Le regard fixé dans le vide, assis sur un lit qui n’est pas le mien, loin de chez moi, mon âme est en exil à travers les fissures des murs de la ville. Soudain, le froid me cerne, cette pièce si vide me glace les veines ; des images me parviennent, me parlent et me rappellent mes espoirs déracinés par les ailles d’une liberté imagées. Je manque de souffle, chaque jour je m’engouffre dans ces rues trop investies et les regards se posent sur le mien, comme un fils incompris par les siens.
Elu d’un jour ou de toujours, c’est pas ma place ici, la terre est bien trop grande, on me dévisage comme si je venais d’un autre monde ; mes valeurs, mes racines ont-elles un sens ici ? J’appartiens au passé des familles de l’immigration ; mes parents mes grands-parents ont fait leurs vies ici. Où sont ma cause et ma couleur de peau ? enfant prodigue que je ne suis pas ! offre un fils dissipateur qui n’y croit pas ! aux belles études, aux diplômes de médecins… Ce ne sont pas mes rêves mais ceux des miens.
Battre le béton errant des heures, la tête basse, les mains dans les poches sans un regard à l’horizon, le cœur ballant se meurt dans son élan…
Je rêve d’une vie simple ; étendue dans l’étreinte d’une jeunesse sans artifice ou les étrennes d’un univers que j’imagine ne soient pas factices. Ici ou là-bas, je ne veux pas vivre vieux remplis d’espoir mais vivre vieux avec l’espoir de rencontrer la certitude, accepter le mystère avec ma part de foi sans me dissiper dans les modes et les choix de mes paires. Loin de chez moi, assurer mes racines et ma descendance sans faire de ma vie une ruine immense, une chance s’offre ! comme une renaissance, une nouvelle vie, sans parler de races ou de couleurs pour fautes ; comme si c’était à vivre dans la peau d’un autre.